Cimetière

The profanation of the military cemetary at Mers-El-kébir uk

Le contexte historique

Des tombes sans croixLe cimetière surplombe la baie et le port de Mers-el-Kébir. C'est là que furent enterrées les victimes de l'attaque anglaise des 3 et 6 juillet 1940, dans des tombes individuelles rassemblées dans le carré militaire. Aux quelques centaines de corps inhumés à cet endroit, sont venus s'ajouter les restes des victimes que l'on a retrouvées lors du relevage de l'épave de la BRETAGNE en 1954 et rassemblées dans un ossuaire. L'ensemble a été complété par un monument sur lequel figuraient les noms des disparus, dominé par un mât de pavillon provenant de la BRETAGNE. Créée en 1983, l'Association des Anciens marins et familles des Victimes de Mers-el-Kébir, a dès cette époque défini dans son objet de défendre la mémoire des victimes et d'entreprendre les démarches nécessaires pour obtenir le rapatriement des restes de toutes les victimes. Depuis l'indépendance de l'Algérie, ce carré militaire a été entretenu par l'armée algérienne et les familles des victimes ont pu venir se recueillir sur les tombes jusqu'au début des années 90. A partir de cette date, la situation s'est dégradée au moment des troubles qui ont ensanglanté l'Algérie et le cimetière militaire a été laissé à l'abandon. La Profanation Plusieurs visiteurs avaient déjà fait part des dégradations constatées vers la fin des années 90. Mais en 2005, nous avons appris que le cimetière avait été littéralement vandalisé et même profané et les photos qui nou sont parvenues ont provoqué une intense émotion dans les familles des victimes, veuves ou enfants des marins disparus : Les croix avaient été martelées et brisées, les plaques de cuivre portant les noms arrachées L'ossuaire où reposent principalement les marins du cuirassé BRETAGNE était à ciel ouvert, les restes piétinés et couverts de gravats, sans doute la recherche de métaux précieux Le cimetière (civil et militaire) était ouvert à tous vents etc... De vives réactions se sont manifestées de toute part et la presse nationale et régionale a largement relayé cette information, (notamment un article du Figaro Magazine daté du mois de juin et une émission de TF1 le soir du 14 juillet 2005 ...etc).

 

Les réactions officielles

L'enterrement des victimes après l’attaque du 3 juillet
Mers-el-Kébir : le cimetière militaire en 1985

Une mission diligentée par le Ministère des Anciens Combattants, à laquelle participaient des responsables de la Direction de la Mémoire du Patrimoine et des Archive (DMPA), s'est rendue sur place au mois de juillet 2005. Avec l'aide des services de l'Ambassade, un contact a été pris par la délégation avec les autorités locales , ce qui a permis de négocier une intervention d'urgence afin de prendre des mesures conservatoires qui se sont malheureusement limitées à quelques tentatives maladroites de réhabilitation des tombes et à la remise en place de la dalle recouvrant l'ossuaire. Depuis le mois de juillet 2005, les autorités françaises ont envisagé deux options. La première consistait à regrouper les restes au cimetière du Petit lac à Oran. Cette première option semble avoir été écartée en septembre 2005 en faveur du maintien des tombes dans le carré militaire du cimetière de Mers-el-Kébir. Cette seconde option impliquait de passer un accord avec les autorités algériennes pour restaurer l'ensemble des sépultures, sécuriser l'enceinte et l'accès du cimetière et) mettre en place un gardiennage. Ces travaux viennent d'être réalisés, et nous ne pouvons que remercier les services du Ministère des Anciens Combattants (DMPA) qui ont mené à bien cette opération dans un contexte dont on imagine bien toute la difficulté. Cependant, si cette intervention peut rassurer à court terme, elle ne contredit en aucune façon notre position concernant le retour des restes en France : Le mot " sécurisation" illustre bien à lui tout seul un contexte dans lequel on ne peut réellement garantir la sauvegarde à moyen terme de ces sépultures. . Que vaut d'ailleurs ce principe, quand on sait qu'à une certaine époque le cimetière a bien été "gardienné.... ?" Le simple fait de remplacer les croix par des plots en béton témoigne de ce souci d'éviter tout risque de provocation et on comprend les motivations qui ont conduit à ce choix. Mais l'abandon de ce symbole est déjà perçu comme une nouvelle atteinte à la dignité de nos marins et au moins aussi difficile à supporter que les récentes dégradations. Jusqu'où irons-nous dans les concessions et les renoncements ?

 

L'attente des familles

Mers-el-Kébir : le cimetière militaire en 2005
Mers-el-Kébir : le cimetière militaire en 2005
De nombreuses familles se sont évidemment manifestées auprès de notre Association et ces multiples échanges nous ont permis de conforter la position qui a toujours été celle de l'Association, à savoir que pour garantir à moyen et long terme la dignité des sépultures de nos marins, la seule solution raisonnable et réaliste est de rapatrier les restes de ces marins dans leur pays natal. L'inutilité des nombreuses interventions que notre association a pu faire par le passé et les multiples promesses qui nous ont été faites mais qui n'ont pas empêché ces dégradations, nous confortent dans cette position. Sans méconnaître les difficultés pratiques et logistiques ni sous-estimer l'aspect diplomatique d'un tel transfert, c'est désormais la seule décision acceptable qui puisse donner satisfaction aux familles et c'est le moins que l'on puisse envisager pour compenser la douleur inutilement prolongée par cet insoutenable spectacle. Il convient de préciser que cette position rejette toute idée de polémique avec les autorités locales, mais qu'elle traduit le sentiment profond des familles qui ont déjà suffisamment souffert de la disparition d'un proche, dans les conditions douloureuses que l'on sait. Cette position de principe est également fondée sur un certain nombre d'arguments qu'il convient de rappeler : Le code des pensions militaires et des victimes de guerre (Livre IV- chapitre III) prévoit le droit à la sépulture perpétuelle pour tous les militaires français " morts pour la France ". Il faut savoir qu'à la différence des autres cimetières militaires français à l'étranger qui ont bénéficié à juste titre d'interventions régulières (conformément à la loi), celui de Mers-el-Kébir, par on ne sait quel hasard (mais est-ce bien un hasard ?) a été totalement abandonné avec les conséquences que l'on sait. L'Etat a déjà procédé à des rapatriements de militaires inhumés à l'étranger (récemment du Cambodge, de Bulgarie et même d'Italie, au prétexte que ces tombes ne présentaient pas la sécurité requise) Quelques victimes de Mers-el-Kébir ont été rapatriées en 1949 aux frais de l'Etat (cf document en annexe) : Pourquoi ce qui était possible à cette date ne le serait pas aujourd'hui ?

En 1995, les restes d'un marin inconnu inhumé à Mers-el-Kébir ont été transférés au cimetière de Kerfautras à Brest. Au moment des récents événements violents que l'Algérie a connus, les visites des familles sur les tombes ont cessé et seront d'autant plus difficiles à organiser à nouveau que le nombre de personnes âgées (et même très âgées) s'est élevé rendant impossible un tel déplacement, en supposant qu'il puisse être a nouveau envisagé pour les raisons sécuritaires que l'on sait. Ces marins sont morts en mer et n'ont aucune attache avec le lieu de leur inhumation Personne ne peut désormais garantir que de tels faits ne se reproduiront pas dans le futur.

 

Quel lieu de sépulture ?

La possibilité d'un lieu d'accueil a fait l'objet de discussions entre l'Association et la Ville de BREST qui a déjà accueilli la tombe du marin inconnu , ainsi que le monument que l'Association a érigé dans le carré militaire de Kerfautras. Il est aujourd'hui envisageable que le transfert puisse s'effectuer vers ce même espace (ou il existe encore de la place). .La question du problème d'un lieu d'accueil des restes ne peut aujourd'hui constituer un obstacle. Brest le 3 juillet 2006 : 66 ans après le drame, l'Ambassadeur de Grande-Bretagne en France est venu rendre hommage aux marins de Mers-el-Kébir en déposant une première gerbe sur la tombe du marin inconnu de Mers-el-Kébir (ci-dessus), puis devant le monument de Kerfautras (ci-dessous) dédié aux 1297 marins disparus les 3 et 6 juillet 1940. Concernant les modalités du transfert et les problèmes logistiques que cela suppose, il est important de préciser qu'il reste finalement peu de tombes de marins identifiés et que l'essentiel des restes correspond aux corps retrouvés lors du relèvement de l'épave de la BRETAGNE en 1954 et rassemblés dans l'ossuaire (et donc plus faciles à transférer). Certaines familles ont par ailleurs formulé le souhait de voir leur parent reposer dans la tombe familiale.

 

Conclusion

L'Association des Anciens Marins et Familles des Victimes de Mers-el-Kébir considère que sa revendication relève d'un réel devoir de justice à l'égard de ces marins morts pour la France et dont le sacrifice justifie que notre pays prenne les moyens pour qu'ils reposent enfin dans la paix et la dignité sur leur terre natale. Nous sommes déterminés parce que nous avons le sentiment profond que notre revendication est légitime et nous attendons des services de l'Etat et des plus hautes autorités, qu'une solution concrète soit enfin mise en œuvre pour répondre à la longue attente des familles qui ne seront désormais rassurées que si le rapatriement est enfin décidé.